
Non, l’art n’est pas chaste!
Vers la moitié du XIX siècle, de nombreux artistes prennent le parti de défendre les bordels, où en trouvant l’antidote au « bon goût », ils peuvent s’exprimer en totale liberté, loin de l’emprise de la morale sur l’art. Malgré elles, les filles de bordels servent de tremplin à la licence graphique des peintres modernes.
Vers 1876, Huysmans dit « que les filles perdues », « ces divines gouges », « ces lamentables pompoirs » méritent toute l’attention car « elles foisonnent dans nos villes et y ont droit de cité aussi bien que les filles honnêtes ».
Dans « Le peintre de la vie moderne » (Au delà du romantisme, Ecrits sur l’art), Baudelaire pense que l’artiste moderne est en droit de porter un interet pour « ces esclaves qui sont confinées dans ces bouges souvent décorés comme des cafés; malheureuses placées sous la plus avare tutelle, et qui ne possèdent rien en propre, pas meme l’excentrique parure qui sert de condiment à leur beauté ».
Bref, le bordel en peinture est un pied de nez aux conventions sociales.
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Felicien Rops est le peintre précurseur de la prostitution moderne.
Le bibliophile et collectionneur parisien Alfred Noilly demande en 1878 à Rops de lui réaliser une suite de 100 croquis. Les derniers dessins seront terminés en 1881 et l’ensemble comprendra 114 pièces. Le principe défini par Noilly était de « représenter toutes les femmes de l’époque ». Une telle idée ne pouvait que séduire Rops, hanté par la femme qui marque l’esthétique de fin de siècle.
Dans les « Cent légers croquis pour réjouir les honnêtes gens » , il croque des moments d’intimité des demi-mondaines, courtisanes, grisettes, et autres prostituées dans la rue, dans le boudoir, dans le bordel.
Dans une lettre à Jules Noilly, Félicien Rops estime que « pour les études du nu moderne, il ne faut pas faire le nu classique mais bien le nu d’aujourd’hui qui a son caractère particulier et sa forme à lui qui ne ressemble à nulle autre. Il ne faut pas faire le sein de la Vénus de Milo mais le sein de Tata qui est moins beau mais qui est le sein du jour. »
[La toilette de Cythère, Felicien Rops ]
Il caresse le projet de créer en parallèle à ces albums, un Album du diable où Satan serait le héros de la Comédie humaine… : « depuis des années je commence l’Album du Diable qui sera le second Centain des Cent Croquis mais qui, je l’espère lui sera supérieur. Je veux faire toute l’histoire mystérieuse de notre temps en nu et demi nu. J’ai des modèles merveilleux ! trois ou quatre femmes de types différents, des corps introuvables, que le bon Dieu, très « bon Dieu » a mis à disposition et je serais un cuistre si je n’en faisais pas quelque belle chose, mais c’est déjà à moitié fait ! Tu ne peux t’imaginer cet Album du Diable de quelle allure spirituelle et vivante il marche. Je le dis moi-même sans modeste aucune. Le frontispice représente « le Diable », ce personnage singulier et éternel, ce symbole de la perversion humaine, en train d’admirer son album en s’amusant beaucoup. (…) ». Cette suite sera « Les sataniques ».
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[Au feu!]
[La chanson de Chérubin]
[La toilette]
[Quatre heures du matin]






